Courriel Saurelois
Une chronique sur l'histoire de Sorel
de Roland Plante

13 avril, 2019

En collaboration avec :

Louis-Adélard Sénécal, les chemins de fer de Sorel et la Québec Montreal Southern Railways

Qui ne se rappelle pas la gare de train, coin du Roi? Certains d’entre nous ont aussi connu le « pont des chars ».

Les chemins de fer à Sorel font partie du paysage de notre région. Mais quelle est la véritable histoire de ce chemin de fer? Un homme est au cœur de la présence du chemin de fer à Sorel.
Un homme d’affaires prolifique et imaginatif à l’origine du chemin de fer à Sorel.

La construction ferroviaire, qui démarre sur une grande échelle au Québec dans lesles années 1870 fournit à l’entrepreneur Adélard Sénécal, (il écrivait Senécal) né à Vaennes en 1829, un champ d’action qui absorbera ses énergies au même titre que la navigation et le commerce du bois pendant les années 1850 et 1860.

Son père possédait déjà un commerce de céréales. Après ses études et un perfectionnement en anglais à Burlington, le jeune Louis-Adélard devient copropriétaire d’un magasin général à Verchères, où est déménagée la famille Sénécal. Il devient bientôt promoteur pour le commerce de son père. En 1854, associé avec son père, ils créent la « Senécal, Dansereau et compagnie », pour faire le transport du grain sur le Saint-Laurent. Louis-Adélard fait aussi l’acquisition de quelques bateaux.

En 1858, Louis-Adélard Sénécal crée, avec des hommes d’affaires, la « Compagnie de navigation Yamaska »qui fait le cabotage sur la Yamaska et la rivière Saint-François, de même que sur le Saint-Laurent entre Montréal et Saint-Hugues.

Il s’associe rapidement à d’autres hommes d’affaires et fonde la « Compagnie de navigation de Trois-Rivières ». Il s’est installé à Sorel où il gère désormais ses affaires. Sénécal fait aussi le commerce du bois dans les années 1850.

Homme d’affaires averti, Sénécal se lance en 1862 dans la construction maritime. Il signe un contrat avec la « H. Robertson and Company ». 1862, il se lance dans la construction de bateaux. Il signe alors un contrat avec « H. Robertson and Company » de Montréal et s'engage à construire 5 barges au coût de 7 500 $. Quelques années plus tard, il possède déjà une flotte de 11 navires et de 89 barges qui font le commerce entre Sorel, Montréal et l'État de New York.

Il charge des fondés de pouvoir à son frère Ambroise, Charles-Ignace Gill, Pierre-Nérée Dorion et Louis Caya. L’industrialisation des États-Unis amorcée dans les années 1840 et le traité de réciprocité de 1854 ouvraient un axe commercial plein d’avenir entre Montréal et New York, via la rivière Richelieu. Pendant les années 1860, la guerre de Sécession renforcera cet axe.

Senécal ne s’arrête pas là. Il s'engage dans la spéculation sur la propriété foncière. En février 1866, il achète les terres du baron de Longueuil dans le canton d'Upton. Le mois suivant, il achète de l'homme d'affaires Charles Ignace Gill, le père du poète Charles Gill, la propriété voisine. Il devient donc propriétaire d'une immense étendue de terrain au sud de Montréal et de Sorel.

En 1866, il fonde également la « Compagnie des moulins à vapeur de Pierreville». Il exploite aussi des moulins à scie, à farine et à carder. Dès la fin de 1867, on le reconnaît comme un des hommes d’affaires prospère du Québec avec un chiffre d’affaires estimé à quelque 3 millions de dollars. Même si le siège social demeure à Sorel, il vit à Montréal.

Il est maintenant reconnu comme l'un des grands hommes d'affaires du Québec, son chiffre d'affaires se situant à 3 000 000 $. La Confédération canadienne est créée en 1867 et Louis-Adélard se présente pour le parti libéral dans Drummond-Arthabaska au fédéral et dans Yamaska au provincial. Il est élu aux deux circonscriptions et siège à l'Assemblée législative jusqu'en 1871 et à la Chambre des communes jusqu'en 1872. Il ne se représente pas, choisissant d’appuyer les candidatures d’autres hommes qui pourront l’appuyer quand le besoin se fait sentir.

Les belles années semblent derrière. En effet, en 1867, il doit déclarer faillite, évaluée à 410 000$, suite à la fermeture du marché américain conséquente à la fin du traité de réciprocité entre les deux pays.

Habile, il s’entend avec ses créanciers, ce qui lui permet de conserver une partie de ses actifs. Un malheur n’arrivant pas seul, les moulins de Pierreville passent au feu en 1868. Ses dettes sont élevées. L’actif de la faillite est racheté par un ex-associé qui devient propriétaire et quelques jours plus tard, lui revient les biens pour un montant de 35 000$.

C’est mal connaître Louis-Adélard Sénécal!

Sénécal utilise le bois de ses scieries. Des prête-noms lui servent pour obtenir des subventions.

Une première voie ferrée entre Sorel et Drummondville fut construite le 5 mars 1869. Plusieurs citoyens de Sorel ont avancé une somme de 40,000$. M. Sénécal dirige les travaux.

À l’automne 1871, il complète le tronçon de 48 milles entre Sorel et l’Avenir en passant par Drummondville. Trois ans plus tard, on remplace les rails en bois par des rails en acier.
Une entente avec les actionnaires de la compagnie du Chemin de Fer du Sud- Est qui avancent 100.000$ permet d’utiliser des rails en acier plutôt qu’en bois. Sorel fut relié à Nicolet puis à St-Lambert et finalement à Lévis.

Le nom de la compagnie fut changé pour Quebec Montreal et Southern Railways.
Constitution de la Montreal and Sorel Railway Company en 1881 pour construire un chemin de fer reliant Saint-Lambert et Sorel.

La Grand Trunk Railway Company of Canada loue l’utilisation des rails du chemin de fer entre Sainte-Martine et Brosseau de la Montreal and Champlain Junction Railway Company.

En février 1882, une demande est faite au Conseil de la ville de Sorel qui accorda le privilège d’occuper sans frais, un terrain pour y construire une gare. Il fut situé sur le lot 486c sur la rue Roi. C’est en 1898 que fut construite la gare actuelle.

En 1885, le trajet Sorel – Montréal se fait en 2 heures. On ne se rend plus à la gare Bonaventure. Un bateau traverse les passagers entre le Quai Bonsecours sur la place Jacques-Cartier et Longueuil. À 5 heures P.M. Un train les transporte vers Sorel.

La première expédition de matériel par rail fut faite par la maison Lunan & fils. Elle consistait en de la poudre à pâte <Princess» au montant de 600$ pour un magasin du Manitoba.

En 1894, la South Shore Railways crée une ligne de Valleyfield et Lévis.

Correction sur la carte : La voie ferrée passe entre les rues AdelaÏde et Victoria à partir de la rue Élisabeth et non Laurent.

Cette voie se rend aux quais sur le Richelieu, l’autre se rend jusqu’au fleuve St-Laurent
Le tarif en première classe entre Montréal et Sorel en 1883 était de 1.00$ pour aller et 1.50$ pour le retour et en deuxième classe 50¢ pour aller et 80¢ pour le retour.

En 1885, un train quittait Sorel à tous les matins à 7 :00 hre et arrivait à Montréal à 11:58. Le même train quittait Montréal à 17 :00 hre pour arriver à Sorel à 20:49 hre.
En plus de relier Sorel à Montréal, il y avait des trains en direction de Nicolet et de St-Hyacinthe.

Un pont en acier fut érigé sur la rivière Richelieu entre Sorel et St-Joseph le 8 juillet 1896 pour la somme de 50,000$. Le contrat fut octroyé à un industriel sorelois, M. Hyacinthe Beauchemin et les travaux furent exécutés sous la surveillance de M. James McCarthy.

En 1905, les trois chemins de fer desservant Sorel : le chemin de fer des comtés unis, celui de la vallée du Richelieu et celui de la Rive-Sud) sont vendus sur ordonnance du gouvernement, à un avocat de Saint-Hyacinthe, F.L. Beique, et forment la Québec, Montréal and Southern Railways
C’est à Sorel que la compagnie Quebec Montreal and Southern Railways construisit un terminus. On y trouvait des ateliers pour réparer les locomotives et les wagons, une cour de triage et une table tournante pour changer la direction des locomotives.

En 1903, une compagnie américaine, la Delaware and Hudson achète des parts dans la QMSR et en prend le contrôle en 1905.

En 1929, suite à la construction des Élévateurs à grain, une voie ferrée longeant la rivière Richelieu permit d’y amener les wagons de grain provenant de l’Ouest-Canadien. Ces trains traversaient le pont des chars avant d’être dirigés vers les Élévateurs et chargés sur des navires.

Deux accidents importants eurent lieu dans les années 40. Une automobile fut frappée au passage à niveau de la rue Prince, causant la mort de plusieurs personnes. L’auto fut traînée sur une longueur de 200 pieds. L’autre accident, sans perte de vie se produisit quand un train descendait la côte menant vers la rivière Richelieu, manqua de freins. La locomotive est allée s’emboutir dans la butte près de l’usine de filtration. Heureusement, le mécanicien et le chauffeur réussirent à sauter à temps.

Pendant quelque temps, une locomotive propulsée au déziel remplaça un engin à vapeur. .Elle transportait des passagers et les malles. Était moins imposante que les autres engins, on la surnomma la punaise.

En 1929, le gouvernement canadien nationalise les chemins de fer dont le QMSR et fonde la compagnie Canadian National Railways qui achète le QMSR.. Les ateliers de réparations furent fermés et transférés à Richmond.

La gare actuelle de Sorel a été construite en 1898, sur les terres d'Henry Saxton, par la Quebec-Montréal Railway Company qui y tenait ses chantiers.

Elle offrait également le Service de Transport continuel entre Sorel-Montréal, Sorel-Nicolet et Sorel-Saint-Hyacinthe. Ces trains accommodaient un grand nombre d'ouvriers aussi bien que des voyageurs coutumiers.

Ayant opéré jusqu’à 895 milles de chemins de fer, une première réduction de 12.76 milles se fit en 1925. Après une autre réduction de 143 milles en 1929. Ceci justifiait la vente de la compagnie au Canadien National Railways.

Un des problèmes majeur fut le besoin de réparer le pont des chars. Il en couterait un minimum de 774,300$ pour reconstruire deux piliers sur lesquels pivotait la structure afin de permettre aux navires de circuler sur la rivière Richelieu.

Le Canadien National abandonne la ligne en 1968 mais elle était encore fonctionnelle en 1979 quand une société défunte opérait un train spécial entre Montréal et Sorel en traction vapeur avec la locomotive 6060 du Canadien National.

Photo: André Cournoyer
En 1992, suite à l'interruption de la voie ferrée, la gare est rénovée puis transformée en terminus d'autobus (C.LT. Sorel-Varennes).

Le pont des chars fut frappé par un navire et ne fut pas réparé.


Roland Plante,
Avec la collaboration de Madeleine Blanche Lussier.
Sources : Inventaire du patrimoine bâti de Sorel-Tracy, réalisé par Isabelle Béliveau, B.A. Histoire.Walter White, historien.
Biographie d’Adélard Sénécal.
Quebec Montreal Sorel Railway.
Photos : Joseph Cardin, André Cournoyer.

Source : Roland Plante, Courriel Saurelois

Bookmark and Share

PUBLICITÉ

------------------------

------------------------

Le SorelTracy Magazine
une filiale des Productions Kapricom
Tous droits réservés
© 2000-2019