Des commandants du fort de Sorel
Recherches : Jérôme Larochelle
Le lieu de traite qu’était le
confluent du Richelieu et du
Saint-Laurent devient en 1642 le
fort de Saurel. Ce fort sera
laissé à l’abandon jusqu’à la
construction d’un nouveau fort
en 1665. Mathieu Pontbriand,
sans son livre sur l’histoire de
Sorel explique le contexte de la
création de ce nouveau fort.
Toutefois, en 1665, lorsque le
contexte devient propice à un
établissement permanent, les
autorités de la Nouvelle-France
choisissent à nouveau le même
site. Ce transfert fait suite à
une série d’événements
déclenchés par le retour des
Iroquois dans la vallée du
Saint-Laurent, le 6 juin 1633,
alors que dans les Cent-Îles,
ils tendent une embuscade
mortelle aux occupants de deux
embarcations chargées d’escorter
un convoi huron en route vers
Québec . La région du lac
Saint-Pierre redevient donc une
zone périlleuse pour les
Français et leurs alliés.
Toutefois, son importance
stratégique augmente aussi à la
suite de la fondation de
nouveaux établissements
français. Les autorités doivent
conséquemment veiller à exercer
une surveillance plus efficace
de l’embouchure de la rivière
Richelieu, l’une des portes
d’entrée des Iroquois sur le
fleuve Saint-Laurent, pour
assurer la sécurité de la
navigation.
Le retour des Iroquois menace
l’économie de la Nouvelle-France
. Ceux-ci cherchent alors à
briser le système d’alliances
employé par les Français pour
s’approvisionner en pelleteries
:
Les guerres
menées par les
Iroquois ont
notamment pour but
d'obtenir une
mainmise sur le
commerce des
fourrures, notamment
dans le réseau
français. Pour cela,
leur stratégie à
l'égard de la
Nouvelle-France est
d'isoler, cherchant
moins à chasser les
Français qu'à les
contraindre à
suspendre tout
soutien militaire
envers leurs alliés,
contre lesquels les
Iroquois lancent
d'innombrables
attaques.
Un autre moyen
consiste en
l'affaiblissement de
la colonie par la
capture de Français,
afin d'obliger ces
derniers à rester
neutres dans les
guerres des
Iroquois.
Dans toutes les
négociations de paix
avec les Français,
les conditions
iroquoises restent
pratiquement
inchangées tout au
long du XVIIe siècle
: l'abandon par les
Français de leurs
alliés.
En effet, les
Iroquois ont
toujours refusé de
signer des paix
générales, qui
incluraient les
Français et leurs
alliés autochtones.
Par contre, ils ont
parfois engagé des
pourparlers avec ces
derniers, toujours
dans le but d'isoler
les Français et de
désagréger
l'alliance
franco-amérindienne
. |
Les premiers commandants du Fort
Richelieu sont François de
Champflour, lequel s’est
illustré lors des attaques des
Iroquois aux Trois-Rivières en
1641. Lui succède Senneterre à
la fin de 1643 qui demeurera en
poste jusqu’à la fin de l’année
1645 pour laisser la place à
Jacques Rabelin, dit La
Crapaudière.
Quand le fort est reconstruit,
Pierre de Saurel, capitaine de
la compagnie qui porte son nom
du Régiment de
Carignan-Salières, est le chef
des lieux.
Le texte qui suit a été écrit
par monsieur Arthur-Aimé Bruneau
et soumis à la Société
historique par feu M. Jérôme
Larochelle, ami et membre de la
Société historique. Nous avons
conservé le style et la forme
qu’a utilisés l’auteur.

DES COMMANDANTS DU FORT DE
SOREL.
On aurait tort de croire que la
mort de M. de Saurel, (1682) fit
évacuer la garnison que le
gouvernement français y tenait
casernée depuis 1665, il est
probable que durant les quelques
années de repos et de
tranquillité de la paix de 1666,
la garnison ne fut pas très
nombreuse. D’ailleurs les
soldats s’étaient faits «
Habitants » ; les rives du
Richelieu avaient été concédées
; la colonisation marchait à
grands pas dans la voie du
progrès : tout était à la paix
et non à la guerre.
Cependant, comme le poste de
Sorel était important par sa
position, il était prudent
d’être toujours prêts à parer
aux éventualités que l’on
prévoyait. Il est bien difficile
d’établir d’une manière exacte
et positive quels ont été les
successeurs de M. de Saurel
comme commandant du fort.
Ces nominations, je crois, ne se
trouvent nulle part, aucun de
nos historiens ne les mentionne,
et il ne nous est resté que des
registres incomplets de la
paroisse, comme unique et seule
ressource propre à jeter
quelques éclaircissements sur ce
point obscur, mais important de
l’histoire de Sorel. Voici ce
que nous avons trouvé ;
Le 18-janvier
1688 est enterré
dans le cimetière de
cette paroisse
Pierre le Hény ou le
Heuss) soldat de la
compagnie de M. de
Mine, décédé du jour
précédent en la foi
et la religion
catholique et
apostolique et
romaine, ayant fait
autrefois abjuration
de l’hérésie et
après avoir été muni
tous les sacrements
de l’Église. Ont été
présents, Monsieur
de Mine, capitaine
d’un détachement de
la marine et
commandant au dit
lieu et le sieur
chevalier de Forrany,
officier de ladite
compagnie » (signé)
Buisson, Ptre.
Dix jours
auparavant, M. de
Forrany avait été
parrain de Françoise
Gertrude (de
Grandmaison) d’un
nommé Grandmaison,
habitant du fort de
St-Louis (Chambly)
je me dois de
rajouter, ce qui
suit : Le nommé
Grandmaison, se
prénomme François et
son épouse se nomme
Marie Bardeau. Elle
donne naissance à
Gertrude, née le
04-janvier 1688,
décédée le
lendemain, et sa
mère décède sept
jours plus tard à
Sorel.)
Le 20 août 1700 a
été baptisé Louise
Marie, fille de
Pierre Letendre et
de Catherine Lamy,
ses père et mère, né
le dernier juillet ;
a eu pour parrain le
sieur Louis de
Mongeneau,
lieutenant de la
marine et commandant
du fort de Sorel et
damoiselle Marie
Lamy pour marraine,
qui ont signé avec
nous l’an et jour
que dessus. (signé)
F. Laurent,
Missionnaire
Récollet.
L’an de
Notre-Seigneur mille
sept cens cinq, le
quinzième du mois de
juillet,Je soussigné
Louis de la Faye,
missionnaire de
Saurel certifie que
[? ]dit Laporte
(n’est pas inscrit
dans BMS de la
paroisse St-Pierre)
âgé de 60 ans,
habitant du dit lieu
est décédé après
avoir reçu les
Sts-Sacrements et
enterré le sixième
du dit mois en
présence de M. de
Cabanac, capitaine
d’une compagnie d’un
détachement de la
marine et de M.
Douville officier au
dit lieu, et de
plusieurs autres. En
foi de quoi j’ai
signé le susdit jour
au dit lieu. (Signé)
Louis de la Faye. |
Il me semble que le nommé
Laporte plausible, serait
Jacques de la Porte ou son frère
Paul qui serait décédé à Sorel
en 1705. Dans le cartable aucun
n’est décédé à cette date.
Il est donc indubitable d’après
les actes que nous venons de
citer qu’aux dates respectives
mentionnées, MM. de Mines
(1688), Louis de Mongeneau
(1700) étaient commandants du
fort de Sorel. D’un autre côté,
il est évident que de 1682 à
1705 ils n’ont pas dû être les
seuls officiers commandants la
garnison, car nous trouvons aux
Registres, durant cette période
et jusqu’à la fin de la guerre
des Iroquois, une foule d’autres
noms de militaires connus et
très distingués, et très connus
à cette époque.
Avant d’essayer d’établir quels
ont été les autres commandants,
disons un mot sur ceux que nous
venons de nommer.
M. Jean de Mine. Au commencement
de mai 1687, 12 compagnies de
troupes royales arrivèrent de
France et se mirent en campagne,
au mois de juin contre les
Iroquois. J’incline à croire que
M. de Mine était arrivé sur
cette escadre et qu’il fut
envoyé au commandement du fort
de Sorel à la fin de l’automne
de 1687, lorsque les troupes
revinrent de leur expédition.
Il n’y a pas de doute qu’à cette
époque (1687), de même que la
chose avait eu lieu aussi en
1685, les garnisons des petits
forts du pays furent renforcées
et complétées de manière à
soutenir l’attaque de l’ennemi.
En 1687, il n’y a aucun doute,
non plus que Sorel avait sa
garnison. Jean Le Chasseur,
conseiller du Roi, lieutenant
général de la juridiction de
Trois-Rivières, paraphant le 23
décembre 1686, un petit registre
de quatre feuillets blancs
devant servir pour l’année 1687,
à l’inscription des baptêmes
mariages et sépultures de la
paroisse de Sorel. « Et lieux y
dépendants, savoir, St-François,
Berthier, La Rivière du Loup et
Autray ».Il ajoute que ce petit
registre lui avait été rapporté
de Sorel par Martin Ducros,
soldat de la garnison de cette
ville (Sorel). Nous démontrerons
ailleurs jusqu’à quelle date
Sorel eut ainsi sa garnison.
Nous ne pouvons cependant
préciser ni la date d’arrivée de
M. de Mine à Sorel, comme
commandant du fort ni celle de
son départ. Il était capitaine
d’un détachement de la marine.
Le 2 septembre 1693, il épousait
à Montréal Marie Anne de
Saint-Ours, baptisée à Sorel le
13 novembre 1675, fille de M.
Pierre de Saint Ours, ancien
capitaine du régiment de
Carignan. Marie Anne de Saint
Ours avait eu pour parrain M. de
Saurel « tenant pour le sieur
Randin, » et madame Alexandre
Berthier pour marraine.
M. de la Potherie nous a
conservé sur la jeunesse de
Madame de Mine un épisode que
nous ne pouvons nous empêcher de
rapporter.
Mlle Marie Anne
de St-Ours, âgée de
huit à neuf ans,
était allée avec les
enfants de son âge à
l’île de St-Ours, à
une demi-lieu de la
maison paternelle,
pour chercher des
noisettes et pêcher
des écrevisses. Tout
à coup un parti
d’Iroquois, dérobant
sa marche à la
faveur des bois, se
précipite sur la
Seigneurie et met le
feu aux maisons. À
la vue des flammes
dont la lueur se
projetait au loin,
les enfants
comprennent
instantanément que
l’ennemi est là et
aussitôt de gagner
leur canot et de
prendre la fuite.
Comme ils coupaient
droit sur le fort en
plein canal, les
Iroquois se mettent
à lancer sur eux une
grêle de traits.
Effrayés par cette
décharge, les
enfants se
blottirent au fond
du canot et laissent
leur canot à la
dérive.
Alors la jeune
demoiselle, ôtant
une partie des
vêtements qui
l’embarrassaient, se
jette à l’eau ; et
comme elle savait
bien nager, elle
espère pouvoir
atteindre la rive.
Les autres enfants,
la voyant ainsi se
précipiter dans les
îlots, se mirent à
pleurer, ne doutant
pas qu’elle allait
se noyer.
Pour elle, glissant
adroitement le long
du canot, du côté de
l’île, de manière à
n’être pas atteinte
par les flèches des
Iroquois, elle suit
doucement les
mouvements de la
frêle nacelle. Le
danger que
courraient les
enfants ayant alors
été aperçu, on fit
une sortie du fort,
ce qui obligea
l’ennemi à prendre
la fuite et aller se
cacher dans les
bois.
Tout d’abord,
lorsque le canot fut
plus approché et que
l’on vit le
mouvement de l’eau,
on crut que ce
mouvement ne fut
autre qu’un petit
barbet qui avait
coutume de suivre
les enfants. Mais
ayant fait plus
d’attention, les
factionnaires de
reconnaître que
c’était celui d’une
personne qui se
débattait dans
l’eau.
Aussitôt un officier
s’élança sur une
embarcation pour
aller au secours.
Quelle ne fut pas sa
surprise quand il
reconnut la belle
Marie Anne de
Saint-Ours !
L’embarras était de
la prendre, car ces
canots, qui sont
d’écorce de bouleau,
épais d’un écu, avec
des petites
varingues plates
extrêmement volages
pour peu qu’on
penche plus d’un
côté que de l’autre,
chavirent à
l’instant.
C’est ce qui arriva.
Le soldat qui
s’était trop pressé
d’atteindre les bras
de la jeune
demoiselle, tomba
lui-même à l’eau et
faillit se noyer.
Faisant alors le
plongeon, l’habile
nageuse passe sous
le canot et revient
à fleur d’eau.
On lui présente un
aviron, et, à l’aide
de ce secours, elle
put gagner la
nouvelle
embarcation. Elle
avait nagé plus d’un
quart de lieue, mais
nullement
déconcertée par le
danger qu’elle a
couru, elle ne songe
qu’aux autres
enfants et n’a de
repos que lorsqu’ils
sont tous ramenés
sur le rivage. |
L’auteur des « Familles
Contemporaines» de qui nous
empruntons ces détails ajoute
que son mariage avec M. de Mine
fut de courte durée. Étant passé
à Gibraltar, cet officier y fut
emporté au moment où on s’y
attendait le moins.»
Louis de Mongeneau :
Je n’ai trouvé aucun
renseignement sur la vie et le
caractère de cet officier.
M. l’abbé Tanguay , consulté, ne
mentionne pas son nom, et M.
Benjamin Sulte, dans son
histoire des Canadiens français,
n’en parle pas non plus. On doit
en conclure, je crois, qu’il a
été peu de temps au Pays.
Michel Dagneau, sieur
Douville.
Son mariage eut lieu à Sorel le
18 mai 1688, « après dispense de
trois bancs, vu de bonnes
raisons qui nous avaient été
démontrées », dit le
missionnaire.
Il épousa Marie Lamy, de Sorel,
fille de Joseph Isaac Lamy et de
Marie Madeleine de
Chevrainvville. Au chapitre des
premières familles de Sorel
(Recensement de 1681) nous
parlerons au long de la famille
Lamy, qui était une des plus
considérables de la paroisse à
cette époque.
L’acte de mariage suscité donne
à M. Dagneau, le titre de «
Enseigne et cadet de la
compagnie de M. de Mine » Il est
donc à supposer qu’il arriva à
Sorel, lui aussi, à l’automne de
1687, en même temps que M. de
Mine. Il signait indifféremment«
Dagneaux, Degneau et Douville. »
De 1688 à 1719, son nom figure à
toutes les pages de nos
registres, soit comme parrain ou
témoin aux actes de sépultures
ou de mariages.
M. Dagneau appartenait à une
noble famille française, et
faisait partie de cette pléiade
de « de cadets » de France qui
passèrent alors au Canada afin
de s’y créer un avenir en
servant fidèlement la mère
patrie. On sait que la noblesse,
sous l’ancien régime, avait
certains privilèges inconnus aux
mortels plébéiens. Or ces droits
et privilèges, la noblesse
française du Canada les a
toujours revendiqués.
Pour s’en convaincre, on a qu’à
jeter un coup d’œil sur « Le
Conseil Souverain de la Nouvelle
France. » Et il appert
clairement que la société que
l’on voulait développer ici ou
que la nation que l’on voulait
fonder, devait être dans
l’intention de ses auteurs, à
l’image et à la ressemblance de
la France.
L’Amérique n’était pas à cette
époque, cette terre démocratique
par excellence telle que nous la
connaissons maintenant. La
traversée de l’océan n’avait pas
changé les idées et les mœurs
des Français. Ils furent donc ce
qu’ils étaient là-bas, sur les
rives du St Laurent, comme sur
celles de la Seine. La noblesse,
celle qui s’établit dans le
pays, sut néanmoins ne point
trop profiter de ses avantages,
et disons le hautement à son
honneur, elle donne elle-même,
la première, comme le devoir le
lui incombait, l’exemple de tous
les dévouements et de tous les
sacrifices. Désireuse de se
créer un avenir, elle comprit
que pour faire plaisir au Roi il
fallait quitter l’épée pour la
charrue, et des capitaines
devinrent de vaillants soldats
qu’ils étaient, de braves colons
canadiens.
Quels bel exemple pouvons-nous
en donner que celui de MM. de
Saurel et de
St-Ours ! Quelques ombres, ici
et là, ne peuvent cependant
amoindrir ce mérite et lui faire
refuser dans l’histoire l’éloge
qui lui revient de droit.
Ajoutons que si la noblesse
française du Canada privilégiée
partout dans les charges civiles
et militaires, n’a pas
totalement disparu dans le grand
désastre de 1759, elle n’a du
moins fait de laisser ici
quelques rejetons, dignes d‘elle
peut être, mais trop faibles et
isolés pour tenir tête aux
événements qui ont amené
successivement le triomphe de la
démocratie canadienne.
Le 26 juin 1708, « M. Michel
Dagneaux Escuyer sieur de
Douville, officier dans les
troupes du détachement de la
marine entretenues en ce pays »,
présentait au Conseil Souverain
une requête accompagnée des
pièces justificatives de sa
noblesse, demandant au Conseil
de vouloir bien ordonner qu’il
jouirait des privilèges auxquels
il avait droit. Sa requête fut
accordée et enregistrée au
greffe du Conseil et fut
ordonnée (Jugement, Vol. V.
856).
Il n’est peut-être pas inutile
de mentionner ici le salaire que
recevaient ceux qui faisaient
partie « des troupes entretenues
en ce pays »; un Capitaine
recevait 120 livres par mois; un
lieutenant 90 livres; un
lieutenant réformé 50; un
sous-lieutenant réformé 40; un
soldat 6 sols par jour.
M. Dagneaux fit baptiser quinze
enfants, 12 garçons et 3 filles.
En voici la liste.
Charlotte
Catherine ; baptisée
le 12 juillet 1889,
Parrain Charles de
Grais, Escuyer,
sieur de Merville,
capitaine d’un
détachement de la
marine, Alexandre
Berthier, sieur de
Villemeur, Villemure,
ayant tenu l’enfant
sur les fonts en
qualité de son
procureur. Marraine
: Madame de Saurel.
Marie Françoise :
née le 8 février
1691, à la
Pointe-aux-Trembles
de Québec.
Michel : baptisé à
Sorel le 14 novembre
1691, Parrain :
Gabriel Provost,
sieur de St-Jean,
capitaine d’un
détachement de la
marine. Gertrude
Legardeur (la soeur
de Madame de Saurel)
marraine.
Henri : baptisé à la
Pointe-aux-Trembles
de Québec. Le 9
janvier 1694
Jean : baptisé à
Sorel le 31 décembre
1694. Parrain : Jean
de L’Espinay.
Marraine : Mde de
Saurel. Le 17 mars
1728, il épousait à
la Longue Pointe,
Marie Elisabeth
Raimbault, dont la
mère était Iroquoise
? (d’après Drouin
vol. #2, au nom de
son père, le notaire
Raimbault, de son
M#1, sa mère se
nomme Jeanne
Françoise Simblin,
fille de Paul
François et de Marie
Catherine Daubusson,
la date de leur
mariage n’est pas
indiquée ni de leurs
parents distinctifs
? Et Tanguay vol #5
p.186 n’indique pas
le nom de l’épouse.
Par contre Pierre
Raimbault est
Conseiller et
Procureur du Roi et
lieutenant général à
Montréal.
Louis Hector: né à
Sorel, le 16 octobre
1696, Parrain «
Louis Hector de
Callières,Chevalier
de St-Louis,
Gouverneur de
Montréal. Marraine:
«Anne Pécaudy épouse
de Jean Louis de
Lacorne, capitaine.
»
Alexandre : baptisé
à Sore l, le 18 mai
1698, Parrain : Jean
Baptiste de St Ours,
sieur de l’Échaillon,
marraine : Jeanne de
Saint-Ours. L’enfant
était né du 20 avril
précédent et avait
été ondoyé à la
maison par « Charles
Vanet, marguillier
de ladite paroisse
de Saint-Pierre de
Sorelle, n’ayant
point de
missionnaire pour
lors. »
Philippe : baptisé à
Sorel le 9 janvier
1700, eut pour
parrain : Philippe
de Rigaud,
chevalier, seigneur
de Vaudreuil,
chevalier de l’ordre
militaire de
Saint-Louis,
capitaine de
vaisseaux,
gouverneur de l’isle
de Montréal et les
dépendances. »
Marraine : Madame de
Saurel. Comme son
frère Alexandre,
Philippe avait été
ondoyé à la maison
le 9 mai précédent,
par Charles Vanet le
Parisien.Le 13
septembre 1827,
Philippe Dagneau
épousait Magdeleine
Raimbault, Jean et
Philippe étaient
mariés aux deux
sœurs. Philippe
signait « Dauville
de la Saussaye. (Tanguay
III, 220). Son fils
aîné épousa en 1755
Marie-Anne Jarret,
fille de Jean Jarret
de Verchères,
chevalier et
seigneur.
Pierre, baptisé à
Sorel le 22 juin
1702, eut pour
parrain : Pierre de
Saint-Ours et pour
Marraine : Dame
Isabelle de St-Ours,
femme de M. de la
Potherie.
Louis Césaire :
baptisé à Sorel le
18 0ctobre 1703, eut
pour parrain Jean
Louis de la Corne, «
Lieutenant d’une
compagnie d’un
détachement de la
marine en ce pays »
Marraine : Marie
Mulois, Dame de
Saint-Ours. L’enfant
est dit né le du 8
octobre 1703 et
avoir été ondoyé par
« Jean Chromy,
soldat de la
compagnie de M. de
Saint-Ours.
Louis Césaire
Dagneau embrassa lui
aussi, la carrière
militaire comme
plusieurs de ses
frères et devint
Colonel. Il mourut
le 2 février 1767,
au Détroit où il
paraît être allé
s’établir vers 1750.
Il prit le surnom de
«Donville sieur de
Quindre. » Il
signait toujours«
Fontenay » (Tanguay
III, 219,)
Guillaume, baptisé à
Sorel le 7 mai 1705,
eut pour parrain «
Guillaume de
Beauharnois,
chevalier seigneur
de Beauville, » et
pour marraine : Dame
Louise Élisabeth de
Joibert, marquise de
Vaudreuil.» Comme
ses frères Louis,
Césaire, etc.. Il
passe au Détroit, il
signait sieur de
Lamotte.
Marie-Claire,
baptisée le 12 août
1706, à l’île Dupas,
épouse à Montréal,
le 23 juin 1736, M.
Pierre de St-Ours.
Hyacinthe : baptisé
à Sorel, le 16 août
1708. M. L.
Chaigneau,
missionnaire à Sorel
; Marraine :
Mademoiselle
Charlotte Dagneau.
Joseph, né à Sorel,
le 25 04-1710,
baptisé le
07-06-1710.
Antoine, baptisé à
Sorel le 20 février
1712, parrain :
Antoine Pécaudy de
Contrecœur, marraine
: Françoise Dagneau. |
Nous avons donné les noms des
parrains et marraines des
enfants de M. Dagneau, non
seulement pour prouver qu’il
était de noble extraction, mais
encore afin d’expliquer et faire
connaître en temps et lieu, les
causes et les événements qui
appelaient ces hauts personnages
à Sorel. Tout ce va-et-vient
montre les choses du temps,
dirait M. Benjamin Sulte .
M. Dagneau était encore à Sorel
le 6 mars 1718, car un nommé
François Carré dit Laroche, et
Marie Olivier sa femme, au
baptême de leur enfant Jean
Marie, sont désignés comme
demeurant chez M. Douville.» Le
6 novembre 1719, M. Michel
Dagneau est parrain. C’est la
dernière fois que son nom se
rencontre dans nos registres. Il
n’est donc parti d’ici que dans
l’automne de cette année 1719 ou
peut-être au commencement de
1720. Il y avait alors, 32 ans
au moins qu’il résidait à Sorel.
Sa famille partit avec lui pour
s’établir à Montréal, où il
mourut le 24 mars 1753.
Il nous serait bien de dire
combien de temps MM. de Mine,
Mongeneau et Dagneau ont exercé
leur charge de commandant du
fort de Sorel. Nous croyons
cependant qu’ils ont dû remplir
cette fonction que peu de temps,
vu la guerre que nous menaient,
à cette époque, les fameux
Iroquois et qui exigeait
continuellement le déplacement
de ces officiers. Nous avons dit
plus haut que MM. de Mine et
Dagneau ont dû arriver à Sorel,
dans l’automne de 1687.
Le 16 novembre de cette année
(1687) a lieu la sépulture d’un
soldat « non dénommé » de la
compagnie de M. Duguay, en
présence de M. Douville le
chevalier Forrany, enseigne de
la compagnie de M. de Mine. Deux
années s’étaient à peine
écoulées depuis la mort de M. de
Saurel, lorsque recommencèrent
(1684), sur une plus large
échelle que jamais, avec plus de
ruse, d’intensité et de
perfidie, les embûches et les
brigandages des Iroquois.
Près de 1200 hommes, tant
sauvages que Canadiens et
soldats des garnisons du pays,
se mirent en campagne. Des
canons furent immédiatement
mandés de France, et dès l’année
suivante (1685) la première
fois, peut-être que la mère
patrie acquiescerait aussi
promptement à une semblable
demande. 500 soldats partirent
pour le Canada, sous les ordres
des capitaines d’Orvilliers,
Saint-Cirq, ( Macary ) Macarty,
et Flour,de Troy, Daneau, du
Muis, des Meloise, Clément de
Valrennes, des Bergères et d’Esquérac,
des lieutenants de la Motte,
Desjordy aîné et cadet,
Larivière, Chauffour et Ramsay.
Cent cinquante de ces militaires
moururent durant la traversée.
Les garnisons furent renforcées,
et les compagnies furent logées
un peu partout dans les
paroisses, Sorel en eut sa part
parmi les militaires que nous
venons de nommer. Des Bergères
épouse à Sorel, le 13 novembre
1700 Dame Marie Marguerite
Vauvrille de Blazon, veuve de
Lambert Boucher de Grandpré,
major des Trois Rivières.
Assistent à ce mariage : Pierre
de Saint Ours, Jean-Baptiste
Pothier notaire de
Trois-Rivières et Joseph Pheray
Duburon, « sergent de la
compagnie de feu M. Mantet.»
Le 5 septembre 1712, Marie
Madeleine Chatellereau fait
baptiser une fille dont Madame
de Saurel est marraine. L’acte
déclare père de l’enfant «
François Desjourdy, écuyer,
capitaine du détachement de la
marine, en marge du registre:
fille naturelle. »C’est donc une
erreur lorsque M. Tanguay (Vol.
III, 40) Désigne Marie
Chatellereau épouse de François
Désourdy ».
La paroisse de Sorel datait de
près d’un demi-siècle, et durant
cet espace de temps, c’est la
seule naissance illégitime que
nous constatons dans les.
Registres.
Le 9 janvier 1714, « Charles
Charon dit Laroche et Élisabeth
Poupart, son épouse sont
désignés domestiques de M. de
Ramezay » M. Tanguay dit aussi
Charon, soldat de la compagnie
Duvivier (III, 21).
Le 6 juillet 1703, Joseph
Desjourdy, sieur de Cabanac, «
Capitaine en pied dans le
détachement de la marine » est
parrain de Marie Catherine,
fille d’Étienne de Miré, sieur
de l’Argenterie et de Louise
Salvaye. Le lendemain il assiste
au mariage de Charles Marin de
la Margne (Marque), sieur de
Méssière (Mézière), avec Louise
Lamy. Marin avait été marié en
première noce à Madeleine
Niquet, fille de Pierre Niquet,
alors établi à Sorel. Sa
belle-sœur, Angélique Niquet,
Mde de Saurel, Dagneau, Pierre
Lam. Il fut plus tard capitaine
de milice à Sorel, François
Lemoine et Charles Vanet
assistaient à ce mariage.
Le 15 juillet le nom de Joseph
Desjourdy figure de nouveau aux
régistres (registres). Quelques
années plus tard, Joseph
Desjourdy, sieur de Cabanac, «
Il signait toujours Cabanac ».
Quelques années plus tard il
était propriétaire de la
seigneurie de Latouche Champlain
et commandant de la ville de
Trois-Rivières.
Le 6 juin 1690, Alexandre de
Clermont est parrain de Thérèse,
fille de Jean de Miré, sieur de
l’Argenterie. M. de Clermont
avait reçu ordre dans le cours
de l’été(1690) de M. de
Frontenac d’aller découvrir «le
long de la rivière de Chambly,
depuis Sorel jusque dans le lac
Champlain.» Les Iroquois
parcouraient dans le pays, en
promenant partout le fer et le
feu. Sorel eut pour sa part
plusieurs de ses habitants
massacrés.
M. le chevalier de Clermont, «
arrivant à Sorel, aperçut que
cinq enfants qui gardaient les
bestiaux aux environs du fort,
venaient d’être enlevés par un
parti ennemi. Il les suivit avec
les meilleurs hommes du sien, et
quelques habitants qui se
joignirent à lui. Il les eut
bientôt attrapés et en tua un
sur place, délivre quatre de ces
enfants et mit le reste en
fuite. On a trouvé, depuis,
quatre autres hommes de tués du
même parti, parmi lesquels était
un Anglais, dont la commission
était du magistrat d’Orange a
été prise et envoyée à
Monseigneur
(le comte de Frontenac,
gouverneur). Le cinquième enfant
était le plus jeune, avait été
tué par eux, ne pouvant les
suivre. » (Monseignat. Documents
publiés à Québec I, 510).
Ce que les habitants de Sorel à
cette époque ont dû subir de la
part des Iroquois, nous le
dirons ailleurs. Nous ne pouvons
cependant nous empêcher de dire
que la tradition a perpétué dans
notre campagne, l’enlèvement de
ces cinq enfants. Le récit en a
quelque peu altéré, mais le fait
est resté.
Voici ce qu’un habitant nous a
raconté : « Un jour les Iroquois
avaient enlevé de Sorel
plusieurs enfants qui gardaient
les troupeaux. On s’arme
jusqu’aux dents et l’un part en
campagne. Les sauvages avaient
l’habitude de faire brûler à
petit feu leurs prisonniers dans
une île du lac Champlain, appelé
l’Île aux Bœufs.
Nos habitants les savaient
rendus à cette île, ils
s’arrêtent à cette île, ils
arrêtent leur course et
attendent l’ennemi, qu’ils
avaient devancé sans s’en
apercevoir.
À la brunante, des cris
épouvantables annoncent
l’arrivée de « ceux qui semaient
ainsi la mort et le deuil dans
les fermes ». On se cache
soigneusement et on l’attend,
tout palpitant d’émotion, la
préparation du drame que les
Iroquois doivent accomplir. Le
bûcher s’élève, le feu s’allume,
les enfants vont mourir !
Soudain on se lance sur l’ennemi
qui, pris par surprise » se
sauve à toute vitesse vers ses
canots, les enfants étaient
sauvés !
Quelle mine à exploiter que
notre histoire, pour le drame et
le roman. De 1708 à 1714 sont
mentionnés plus d’une fois les
noms suivants aux régistres
(registres) de Sorel, Valérien
de Porus, sieur de Beaumont,
Pierre Chatelein dit la Pierre,
tous deux« sergents de la
compagnie de M. d’Eschaillons »
(St-Ours) ; « Nicolas Lessard
dit la Toupie, Girard Alée dit
Lajeunesse, Hu Poupart, Thomas
Digou (ou Digon), Hilaire Saurel
dit Léveillée », soldats de M.
d’Eschaillons » quelquefois « de
St-Ours ». M. de St-Ours
lui-même y apparaît aussi. Il
s’agit ici de Jean-Baptiste de
St-Ours. Fils aîné de M. Pierre
de St-Ours.
Le 10 0ctobre 1692, Fontaine
demandait des places pour « le
sieur de St-Ours, lieutenant
réformé, le sieur Duguay aussi
lieutenant réformé et les sieurs
de la Pérade et Berthier. Ils
sont tous jolis garçons et fils
d’anciens capitaines. Cinq ans
après (1708) M. de St-Ours
recevant le brevet de capitaine.
Il a donc de bonnes raisons de
croire que M. de St-Ours a pu
être commandant à Sorel, M.
Charles Gaspard Piot Sieur de
Langloiserie (le fut aussi)
Voici pourquoi. Le 16 mai 1691 a
lieu la sépulture de « Jean Prou
dit Baguette, soldat de la
compagnie de M. de Langloiserie,
»
Le 10 août suivant, après
dispense de trois bancs, M. de
St-Claude célèbre le mariage de
Charles Gaspard Piot de
Langloiserie, capitaine d’un
détachement de la marine, avec
Marie Thérèse Duguay, fille de
Sidrac Michel Duguay Ecr.,
sergent de l’île Ste-Thérèse et
capitaine lui aussi, d’un
détachement de la marine.
Présents à ce mariage : Pierre
de Quatre Barbe, lieutenant du
susdit détachement et Nicolas
[…]? Enseigne. (Pierre
Quatrebarbe ; Drouin le nomme
comme capitaine, marié à Marie
LeRoy, sans date.)
Le 30 août 1692, M. de
Langloiserie fait baptiser sa
première enfant, Pierre Duguay,
enseigne en est le parrain.
Madame de Saurel marraine, M.
Tanguay (Vol I, 488). Fit
baptiser cette enfant deux fois,
la première fois à Montréal, le
11 mai 1691.
Il y a là erreur, évidemment,
puisque le mariage de M. de
Langloiserie eût lieu le 15
septembre 1691. Le 5 septembre
(1692) Pierre de Quatre-Barbe,
lieutenant est parrain de
Pierre, fils de Jean Mandeville.
Le 8 février 1693, sépulture de
Marie Charlotte Piot de
Langloiserie, dans la chapelle
de Sorel. On constate donc ainsi
que M. de Langloiserie (c’était
sa signature) était à Sorel, du
16 mai 1691 au 5 février 1693,
il fût capitaine et chevalier de
St-Louis, et il pouvait être
ici, évidemment, que comme
officier, car il est indubitable
qu’il n’était pas alors «
habitant.»
N’oublions pas que nous étions
toujours en guerre avec les
Iroquois, que Sorel était
continuellement menacé et
dévasté par ces barbares, qu’au
lieu d’augmenter, la population
de la paroisse diminuait et
allait ailleurs, chercher à se
mettre à l’abri de leurs coups,
que pour calmer les esprits et
protéger ces braves colons qui
enduraient cette guerre de
corsaires avec courage, espérant
des jours meilleurs.
M. de Frontenac venait de faire
de nouvelles fortifications à
Sorel ; or Charles Gaspard Piot
de Langloiserie était à Sorel au
moment le plus critique.
N’est-il pas permis de croire,
sous ces circonstances, qu’il
ait été commandant du fort de
Sorel. Il était né en 1655 et
était fils de Martin et d’Anne
Petit, de Hanion, évêché de
Chartres (Tanguay I, 488.) Il
paraît être parti de Sorel dans
le cours de l’année de 1693.
Après cette date, du moins, et
jusqu’en 1697, ses enfants sont
baptisés à Montréal. De 1698 à
1707, on le retrouve à Varennes.
Ces notes, quoique didactiques
qu’elles puissent paraître, nous
font connaître Sorel sous un
nouveau jour, elles nous
apprennent quels étaient ceux
qui, au moment du danger,
étaient au poste de l’honneur,
protégeant les familles de ceux
qui venaient jeter à
l’embouchure de la rivière que
les Iroquois fréquentaient
habituellement, les bases d’une
paroisse aujourd’hui florissante
et prospère.
Tous ces noms appartiennent à
une grande époque, parce que
c’est celle où l’habitant a eu
le plus à souffrir et à endurer
de misères, de privations,
d’attaques, de périls et de
dangers. C’est donc notre devoir
de tirer de l’oubli les noms de
ceux qui font partie d’un des
plus belles pages de notre
histoire.
Signature A. A. Bruneau
ΩΩΩΩΩ
Quelle passion anime monsieur
Bruneau, qui nous instruit sur
les commandants du fort de Sorel
et qui nous transmet du même
coup à travers son
interprétation de l’histoire, un
point de vue particulier. Non
seulement nous a-t-il livré la
grande histoire de notre région,
mais encore nous fait-il
partager sa petite histoire,
celle des commandants du Fort de
Sorel.
Madeleine
Blanche Lussier et Roland Plante
Société historique Pierre-de-Saurel
Source :
Roland Plante, Courriel
Saurelois
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