Le Temps d'une Réflexion ? En dépit du présent conflit de travail au sein de la Société d’État, j'apprécie énormément les séries radiophoniques comme « Heureux qui comme Félix » et, actuellement en diffusion cursive (du lundi au samedi, à 18 hres), « Un ami nommé Brel » ou « Histoire de parler ». Dans le même profil, je serais d'ailleurs fort heureux d'assister au retour en ondes de productions telles que celles consacrées aux deux grands Lévesque de notre histoire contemporaine : « Raymond Lévesque ou le coeur accordéon » et « Point de mire sur René Lévesque ». * Je me réjouis avec non moins d'enthousiasme d'une antenne qui diffuse largement – passant outre à la dictature de l’im/média – la superbe, la vraie, l'« authentique » chanson d'expression française de qualité. Sauf
que... Voilà
pour l'essentiel, mutatis mutandis, la
Société Radio-Canada que j'ai aimée et goûtée savoureusement dès l'enfance
– simultanément au CFGL de Coallier – dans les années soixante et
soixante-dix. Une Société qui déçoit parce que déchoit depuis plusieurs années,
compte tenu de la 'médiocrisation' progressive de sa programmation. Laquelle
n'est plus à la hauteur, en effet (sauf exceptions ponctuelles et non négligeables,
il est vrai : ce n’est pas encore tout à fait Rock-Détente,
je le concède), de ce qu'elle a été dans son glorieux bien que, somme
toute, récent passé ; eu égard notamment a) aux contenus (approximatifs,
de plus en plus banals et traités de façon superficielle) ; b) à la
qualité de manière générale (relâchement de la langue, traitement rapide,
voire épidermique de l'information, de la réflexion et de l'analyse) ; et
enfin c) à l'abominable sujétion politique (sinon proprement étatique depuis
l'apparition de l'équipe gouvernementale fédérale actuelle). Aussi,
puissiez-vous à la faveur de ce litige qui dangereusement s’éternise – à
la direction comme chez les artisans outrageusement cadenassés hors-maison –,
réfléchir 'tranquillement' (hâtons-nous lentement) au plan d'une véritable reconstruction-remobilisation
d'une antenne qui retrouverait son amour
(eh oui! osons les mots osbcènes) : 1) de la qualité (tant du mode
d'expression que des contenus) ; 2) plus généralement, de la culture
d'expression française ; et 3) du foyer même de cette culture en Amérique,
à savoir le Québec (estime pro domo,
assise incontournable à l'amitié véritable et à l'accueil sincère de
l'Autre : vérité de La Palice partout sur la Planète, y compris en port
de La Rochelle, hormis semble-t-il au pays des William Johnson et des Stéphane
Dion). Et
puis, justement. Cessez à la fin de vous subordonner complaisamment à l'état
d'instrument de pouvoir du gouvernement central, qui de surcroît éprouve fort
peu d'intérêt pour ces trois dimensions évoquées à l'instant. La SRC, phénomène
plus flagrant encore à la chaîne télévisuelle, est devenue (depuis une
septaine d'années en particulier) un outil d'endoctrinement au service du
Canada unitaire, autoritaire, étriqué et puissamment réducteur – sinon
« biffeur » – de la réalité nationale québécoise. Il est décidément
intolérable dans une société démocratique, ou présumée telle, a
fortiori dans le plusss méyeur péï du mond’, que les simples
fiduciaires d’un bien collectif tentassent ainsi (pas tous, je le sais bien,
mais un bon nombre de « p’tits boss », de moins petits ainsi que
quelques exécutants empressés) d’empaler par le fond le véritable, unique
et exclusif propriétaire de l’entreprise. J’ai nommé le citoyen
contribuable. D’autre
part, la SRC, cela dit sans nier ou banaliser l'existence de la francophonie
canadienne hors Québec, c'est d'abord et avant tout (et en outre par le
portefeuille public) un concept conçu par et pour des Québécois. Persister à
nier ce fondement même de la société d'État ne mènera nulle part ailleurs,
et certainement à haute vitesse le cas échéant, que sur le mur de
l'insignifiance derrière lequel roupille, rictus aux lèvres, mademoiselle
liquidation. Il
est moins cinq. Les seuls outils efficaces susceptibles de (re)modeler un avenir
culturellement sain et fertile au sein de cette entreprise – fondamentale –
de radiotélédiffusion publique, il me semble, se nomment Imagination, Détermination,
Action, intraitable Indépendance d'esprit (à l'égard des pouvoirs politiques,
mais également de quelque groupe de pression que ce soit) et, enfin, Respect
inaliénable de l'auditoire – réel ou potentiel. Et
puis, last but not least, Télé-Québec,
la société d’État homologue en pays laurentien, ne pourrait-elle pas se
saisir de l’atmosphère afin d’oxygéner l’idée qu’elle n’est pas
forcément condamnée – par définition, par nature, par mandat, voire par
indigence politique en plus haut lieu, ou que sais-je encore – à demeurer un
joueur mineur, sinon un pion, sur l’échiquier de la communication de la société
québécoise avec elle-même...? Jean-Luc
Gouin *
Sites cybernéens concernés :
Félix Leclerc : http://radio-canada.ca/radio/new_affichage/dossier.asp?IDDossier=1034,
Jacques Brel : http://radio-canada.ca/radio/new_affichage/dossier.asp?idDossier=1045,
Langue française : http://radio-canada.ca/radio/histoire/archives.html, Raymond
Lévesque : http://radio-canada.ca/radio/raymondlevesque/, René Lévesque : http://radio-canada.ca/radio/renelevesque/ dimanche 19 mai 2002
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